Hadith concernant les gens qui ne demandent Ă  personne de les soigner par la ruqya
Fatwa No: 246040

Question

Salam alaykum,
Ma question porte sur l'explication d'un hadith ayant trait Ă  la rokya, la cautĂ©risation et la pleine confiance en Allah. Ibn ‘Abbas (RA) a dit : Le Messager de Dieu saws a dit : On a fait dĂ©filer devant moi les communautĂ©s religieuses (ou nations). Je vis alors un tel prophĂšte et avec lui moins de dix adeptes, tel autre avec un ou deux partisans et un tel autre n’en ayant aucun. Tout Ă  coup on Ă©leva vers moi une foule Ă©norme et je crus que c’était ma communautĂ©. Mais on me dit : VoilĂ  MoĂŻse et sa nation. Regarde plutĂŽt Ă  l’horizon . Je regardai et vis apparaĂźtre des masses innombrables. On me dit alors ; Regarde de l’autre cĂŽtĂ© de l’horizon et voilĂ  surgir une foule immense. C’est tout cela ta nation et, avec elle, soixante-dix mille hommes qui entreront au Paradis sans subir aucun jugement et aucun tourment . Puis il se leva et rentra chez lui. Les gens se mirent alors Ă  conjecturer sur ces bienheureux qui entreront au Paradis sans jugements ni tourments. Certains dirent : C’est sans doute ceux qui ont Ă©tĂ© les compagnons du ProphĂšte (saws) . D’autres dirent : Ce sont peut-ĂȘtre ceux qui sont nĂ©s en Islam et n’ont ainsi jamais rien associĂ©s Ă  Dieu . On fit d’autres supputations. C’est alors que le Messager de Dieu (saws) se prĂ©senta Ă  eux de nouveau et leur dit : A propos de quoi discutez-vous ainsi ? Ils lui dirent l’objet de leurs discussions et il dit : Ce sont plutĂŽt ceux qui ne soignent pas par les incantations et ne se font pas soigner par elles. Ceux qui ne croient point au mauvais augure et qui s’en remettent en tout Ă  leur Seigneur . Juste Ă  ce moment se leva ‘OukkĂąsha Ibn Mohsin qui dit : Prie Dieu pour que j’en sois ! Il lui dit : Tu es effectivement l’un de ceux-lĂ  . Quelqu’un d’autre se leva pour faire la mĂȘme demande. Il lui dit : C’est lĂ  une faveur oĂč t’a dĂ©jĂ  prĂ©cĂ©dĂ© ‘OukkaĂąsha (URA) Plusieurs versions de traduction ou d'interprĂ©tation de ce hadith existent, notamment concernant la partie "ceux qui ne soignent pas par les incantations et ne se font pas soigner par elles" mais aussi concernant la cautĂ©risation oĂč elle est citĂ©e: D'aprĂšs Abdallah Ibn Abbas (qu'Allah l'agrĂ©e), le ProphĂšte (bĂ©nĂ©diction et salut soient sur lui) a dit: 70 000 personnes de ma communautĂ© vont rentrer dans le paradis sans jugement, ce sont ceux qui ne demandent pas qu'on leur fasse rouqiya, qui ne pratiquent pas les augures, qui ne pratiquent pas la cautĂ©risation et font confiance Ă  leur Seigneur .
(Rapporté par l'imam Boukhari dans son Sahih n°6472 et par l'imam Mouslim dans son Sahih n°218)
Aussi, pourriez-vous m'apporter un Ă©clairage quant Ă  l'explication de cette partie du hadith ? Qui sont ceux dĂ©crits ? Ceux qui se font la rokya eux-mĂȘmes, ceux qui demandent Ă  quelqu'un d'autre de leur faire, ou est-ce Ă©galement les personnes qui pratiquent la rokya sur les autres ? Quel comportement adopter alors face Ă  la rokya, doit-on Ă©viter de la demander ?
De plus, la question se pose si on a déjà sollicité autrui pour des rokyas, sort-on du cadre de ce hadith et du coup ne peut-on pas espérer faire partie de ces personnes ?
Autre point concernant la cautĂ©risation : quelle est la raison pour laquelle la cautĂ©risation est ici Ă©voquĂ©e ? De mĂȘme, aujourd'hui la circoncision de nos fils se fait par cautĂ©risation (laser) ainsi que certains soins dermatologiques (brĂ»lures par l'azote pour verrues etc...), qu'en est-il au regard de ce hadith ? BarakAllahoufikom pour votre rĂ©ponse.

Réponse

Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son ProphÚte et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses compagnons :

Les oulĂ©mas divergent quant Ă  ce que dĂ©signent les gens qui ne demandent Ă  personne de les soigner par la ruqya. Il est dit que cela dĂ©signe les gens qui ne demandent Ă  personne de les soigner par la ruqya Ă  la maniĂšre des gens de l’époque prĂ©islamique qui croient que les mĂ©dicaments sont en eux-mĂȘmes bĂ©nĂ©fiques et qui ne s'en remettent pas Ă  Allah. Tel est l'avis d'Ibn HibbĂąn dans son SahĂźh. Il est dit aussi que cela dĂ©signe ceux qui ne demandent pas Ă  autrui de pratiquer la Ruqya sur eux en raison de leur confiance totale en Allah et du fait que leur cƓur est attachĂ© Ă  Lui. Tel est l'avis retenu par l'imam al-NawawĂź dans son commentaire sur le SahĂźh de Mouslim.

Partant de cela, il ne fait aucun doute que celui qui demande Ă  quelqu'un de pratiquer sur lui la Ruqya, en ayant le cƓur attachĂ© Ă  celui qui pratique la Ruqya, n'est pas compris dans ces soixante-dix-mille personnes. Par contre, celui qui demande Ă  quelqu'un de pratiquer la Ruqya sur lui, tout en plaçant sa confiance en Allah, exaltĂ© soit-Il, et en ayant la conviction que la personne pratiquant la Ruqya n'est qu'une cause, alors cette demande de sa part ne l'empĂȘche pas de faire partie de ces soixante-dix-mille personnes, selon l'avis d'Ibn HibbĂąn.

Concernant les personnes qui pratiquent la Ruqya, elles ne sont pas visĂ©es par ce hadith. Quant aux versions de ce hadith mentionnant que ceux qui font partie de ces soixante-dix-mille personnes ne pratiquent pas la Ruqya, ces mentions que l’on trouve dans ces diffĂ©rentes versions ont Ă©tĂ© dĂ©crites par le cheikh al-IslĂąm comme Ă©tant illusoires et erronĂ©es, en affirmant que seule la version mentionnant les gens qui demandent qu'on leur fasse la Ruqya est authentique.

Concernant la Ruqya conforme aux prĂ©ceptes de la Charia, elle est autorisĂ©e Ă  l'unanimitĂ© des oulĂ©mas tout comme il est permis de demander Ă  quelqu'un qu’il pratique sur nous la Ruqya, mĂȘme s'il est prĂ©fĂ©rable de ne pas le faire comme l'indique le hadith.

Quant à celui qui a, dans le passé, demandé à ce que l'on pratique sur lui la Ruqya puis l'a regretté, le Cheikh 'Abd Al-Muhsin al-'Abbùd a été questionné à ce sujet lors de son commentaire du Sunan d'al-Tirmidhß. On lui a demandé : La personne qui, dans le passé, a demandé à ce que l'on pratique sur elle la Ruqya ou la cautérisation et s'en est repentie, fait-elle partie de ces soixante-dix-mille personnes ? Le Cheikh répondit : Elle est dans le bien et Allah sait mieux.

Concernant la cautérisation, l'utilisation du laser comme une forme de traitement ou de chirurgie médicale n'est pas considéré comme de la cautérisation, en raison de la différence qui existe entre les deux remÚdes.

Enfin, concernant la raison pour laquelle il est fait mention de la cautérisation dans le hadith, le dictionnaire arabe intitulé Lisùn al-'Arab mentionne ce qui suit :

La cautérisation par le feu est un traitement connu dans le cas de nombreuses maladies. De nombreux hadiths interdisent la cautérisation. On dit que la cautérisation a été interdite en raison du fait que les gens exagéraient le pouvoir de ce traitement et qu'ils pensaient qu'il mettait fin à la maladie. Ils pensaient que si un membre du corps n'était pas cautérisé, il devenait alors endommagé et inopérant.
C'est pourquoi l'Islam interdit la cautĂ©risation de ce point de vue, mais l'autorise lorsqu'elle est utilisĂ©e comme cause de guĂ©rison sans croire qu’elle a un pouvoir de guĂ©rison en soi. En effet, Allah, exaltĂ© soit-Il, est Celui qui guĂ©rit et non la cautĂ©risation ou le mĂ©dicament. C'est lĂ  une chose dont beaucoup de gens doutent. Ils disent : "S'il avait pris ce mĂ©dicament, il ne serait pas mort, s'il Ă©tait restĂ© dans son pays, il n'aurait pas Ă©tĂ© tuĂ© et s'il s'Ă©tait fait cautĂ©riser, il ne serait pas invalide."
On dit aussi qu'il est possible que l’interdiction de la cautĂ©risation vaille lorsqu'elle est pratiquĂ©e par prĂ©vention contre les maladies et avant d'en avoir besoin, car cela est dĂ©testable. En effet, il est permis de se soigner et de suivre un traitement au moment oĂč l’on en a besoin. Il est Ă©galement possible que l'interdiction de la cautĂ©risation soit une incitation Ă  placer sa confiance en Allah comme dans la parole du ProphĂšte () :

"Ce sont ceux qui ne demandent Ă  personne de les soigner par Ruqya, qui ne se soignent pas par cautĂ©risation et qui s’en remettent en tout Ă  leur Seigneur." La confiance en Allah est un haut niveau de la foi et elle n’est en contradiction avec la permission. Fin de citation

Et Allah sait mieux.

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