Faut-il Résider en Dar Al-Islam ou en Dar Al-Koufr ?

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Faut-il Résider en Dar Al-Islam ou en Dar Al-Koufr ?

Eu égard d'une part au principe général de préférence donnée au lieu où le musulman peut faire de meilleures actions, et d'autre part à la façon d'être de la plupart des humains, même pour les musulmans qui ont la liberté de pratiquer dans la Dar Al-Koufr, il est préférable (Moustahab) de chercher à s'installer dans le lieu dont la (majorité des) habitants sont des musulmans pratiquants (cf. Al-Moughni 12/688). 

Pourquoi cela ? Parce que "ceci constitue l'état de la majorité des humains : la plupart d'entre eux ne repoussent pas [d'eux-mêmes le fait de faire comme le plus grand nombre] mais sont sur le Dine de la majorité." (Majmou’ Al-Fatawi 27/41).

La situation d'un lieu donné – situation dont nous avons vu que c'est elle qui est à prendre en considération – est donc déterminée par ce qu'y font et ce qu'y sont ses habitants : " Le fait qu'une terre soit Dar Al-Koufr, Dar Al-Iman, ou Dar Al-Foussaq n'est pas un qualificatif nécessairement inhérent (Lazam) à elle mais est au contraire un qualificatif accidentel (Aridh), selon ses habitants. Aussi, toute terre dont les habitants sont les croyants pieux (Mouttaqoun) est Dar Awliya Allah à ce moment-là ; et toute terre dont les habitants sont des Kouffar est Dar Al-Koufr à ce moment-là ; et toute terre dont les habitants sont des Foussaq est Dar Al-Foussaq à ce moment-là. Si autres que ceux que nous avons cités y résident, et qu'elle change par eux, elle devient leur demeure ("Dar")." (Majmouat Al-Fatawi 18/282). 

Lu à la lumière du passage cité plus haut et dans lequel Ibn Taymiya dit que c'est la situation du lieu qui est déterminante, ce passage-ci signifie qu'une Dar Al-Islam (ou "Dar Al-Iman") est un lieu où résident des musulmans pratiquants, c'est-à-dire des musulmans qui y font régner une réelle ambiance d'Islam : il s'agit de la multitude, mais dans la mesure où ils y font régner une situation qui facilite la foi et la pratique.

Cependant, un autre caractère existe également : eu égard, d'une part, au même principe général de préférence donnée au lieu où le musulman peut faire de meilleures actions, et eu égard, cette fois-ci, au fait que certaines actions ont plus d'importance que d'autres et ne sont possibles qu'en telle terre et non telle autre (nous l'avons dans un article précédant), il se peut, écrit Ibn Taymiya, que dans le cas de certains musulmans précis, "résider dans la Dar Al-Koufr ou la Dar Al-Foussaq (Bidaâ' ou Foudjour)" soit préférable ("Afdhal") : c'est lorsque cela leur permet de pratiquer des actions qu'ils ne pourraient faire s'ils résidaient en Dar Al-Islam : par exemple qu'ils peuvent mieux ou davantage pratiquer alors l'effort (Djihad) par la langue (Majmou’ Al-Fatawi 27/40). (Ceci, cela va de soi, sous réserve que dans cette terre ils peuvent pratiquer le minimum obligatoire sur eux ; sinon ils doivent faire leur possible pour en émigrer.) C'est dans ce sens que se comprend ce propos de Al-Mawardi : " Si le musulman est capable de pratiquer ouvertement la religion dans un pays parmi les pays non-musulmans, ce pays est ainsi une Dar Al-Islam. Il est alors mieux pour ce musulman d'y résider que d'en émigrer, car d'autres peuvent [, suite à son témoignage du message,] embrasser l'Islam". (L'application, ici, de la qualification " Dar Al-Islam " à une terre de Koufr semble l'avoir été suite à son utilisation dans le sens de "Demeure de la sécurité", selon une des deux interprétations de l'avis d’Abou Hanifa en la matière.)  


Note :

Dans le cas où le musulman réside en Dar Al-Koufr simplement pour y faire du commerce, cela est autorisé (Djâ'ïz) (d'après l'avis que nous partageons) du moment qu'il peut y pratiquer le minimum requis d'obligations et se préserver des interdits ; tout le propos cité dans les deux article précédant parlaient seulement de ce qui est "mieux" (mustahabb) et "plus méritoire" (Afdhal).

Et Allah sait mieux.

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