Les causes du désaccord entre les ulémas

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Le désaccord entre les ulémas trouve en partie son origine dans la nature de l’être humain, et en partie dans la nature des preuves scripturaires.

Ibn Al-Qayyim dit au sujet de la première cause qui est la nature humaine : « Il est inévitable que des désaccords surviennent entre les gens en raison des différences dans leurs objectifs, leur vision des choses et leur degré de connaissance. Ce qui condamnable, toutefois, c’est cela conduisent a l’hostilité et a l’affrontement. »
Quant à la nature des preuves scripturaires, on peut l’examiner sous quatre angles qui expliquent très largement la multiplicité et la diversité des points de désaccord.
-        La différence dans la signification des mots, qui peut être plus ou moins claire, et dont on tiendra plus ou moins compte.
-        La différence de prise en compte des indications quant au sens du texte en se référant aux objectifs de la Chari’a.
-        La différence dans les critères employés pour établir l’authenticité des textes scripturaires et le degré d’authenticité.
-        La différence dans la priorité accordée aux preuves scripturaires selon leur degré d’authenticité, en cas de contradiction entre elles.
C’est par ces 4 points que s’expliquent les désaccords entre les ulémas. Ibn As-Sayyid fait état de huit causes aux désaccords entre les savants.
Al-Hafidh ibn Rajab a dit dans son livre Jami’ al-ouloum wal-hikam à propos des causes de désaccord : «Il peut arriver qu’un texte soit peu connu, qu’il n’ait été rapporté que par un petit nombre de personnes et qu’il ne soit pas parvenu a la connaissance de tous les ulémas.
Il peut arriver également que deux textes existent a propos d’une question, l’un étayant la permission et l’autre l’interdiction, et qu’un groupe ait connaissance d’un seul de ses textes : il agira alors en fonction du texte dont il a connaissance ; ou bien que quelqu’un ait connaissance des deux textes mais pas de leur date, et ne puisse se prononcer car il ne sait lequel abroge l’autre. 
Il peut arriver qu’une question ne fasse pas l’objet d’un texte explicite : on se basera alors sur le cas général, sur une interprétation ou sur l’analogie, et de nombreuses différences surviennent en pareil cas dans la compréhension des ulémas.
Il peut arriver encore qu’il existe une injonction positive ou négative, et que l’avis des savants différent quant a savoir si l’injonction positive doit être comprise comme exprimant une obligation ou une recommandation, et l’injonction négative comme signifiant que l’acte est illicite ou qu’il vaut mieux l’éviter. »
D’un point de vue méthodologique, il est parfaitement clair que les différentes écoles ne divergent pas sur le statut du Coran et de la Sounna en tant que sources de la législation, ce qui est un fondement de la foi musulmane. De même, elles s’accordent a prendre en considération le consensus (Al-Ijma’) et l’analogie (Al-Qiyas). Cela en si concerne l’approche générale.
Au niveau des détails, les différences apparaissent lorsqu’un Ijtihad est plus large dans la prise en compte des hadiths et qu’il tient compte de la chaine de transmission parfois incomplète ou tronquée des hadiths ainsi que des hadiths faibles, les faisant parfois passer avant le sens que l’Ijtihad permet de comprendre d’un texte. Par contre, un autre ne prendra en compte que les textes authentifies au moyens de critères rigoureux, laissant une plus grande place a l’Ijtihad par l’analogie ou autre chose du même ordre, ou la présomption de continuité (Istishab) ; ou bien parfois, certains accorderont la priorité a la validation du rapporteur sur celle du contenu.
Des différences surviennent également au niveau des détails dans la référence au consensus. Ainsi les uns comprendront le consensus de façon plus large et incluront le consensus implicite (Sukuti) et le consensus des autres époques, ou prendront en compte le consensus des habitants de Médine.
D’autres restreindront la signification du consensus au consensus explicite ou à l’unanimité des Compagnons.  
De même, la plupart des ulémas s’accordent sur le recours à l’analogie fondée sur le motif (Qiyas al-‘Illa), mais des divergences surviennent en ce qui concerne le recours à d’autres formes de raisonnements analogiques, comme l’analogie fondée sur la ressemblance (Qiyas ach-Chibh) ou l’analogie par le contraire (Qiyas al-‘Aks), ou encore certains types de motifs.
Il existe, par ailleurs, des différences entre les écoles dans la prise en considération des autres types de preuves, comme l’intérêt général indéterminé, la prévention des risques, le choix préférentiel, l’avis d’un Compagnon, ou encore les lois des communautés précédentes. Tout en s’y référant, elles peuvent différer dans le fait de s’écarter et de s’éloigner de la lettre du texte ou bien de s’y coller de près, comme l’indique Al-Jouwayni qui entérine la position de Chafi’i au sujet de l’intérêt général indéterminé.
D’une manière générale les ulémas divergent dans leur prise en compte des objectifs : les uns prennent largement en considération et chercheront à en sonder les profondeurs et à les déterminer clairement tandis que d’autres resteront cramponnés aux textes eux-mêmes.
Toutes les écoles sans exception comptent des Mujtahid fondateurs, des Mujtahid affiliés à leur école, des disciples clairvoyants et des disciples qui se cantonnent dans l’imitation. Toutes apportent une orientation claires et une facilité dans la pratique de la religion aux musulmans ordinaires qui les suivent.
Enfin toutes les écoles se base sur les avis reconnus de leurs ulémas, mais soulignent en même qu’il est licite, en cas de nécessité ou de besoin avéré, d’appliquer des avis rares ou non reconnus comme prépondérants.

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